lun.

23

mars

2015

INTERVIEW AVEC QUATRE ROMS

Avez-vous déjà entendu parler du principe « pars pro toto » (une partie pour le tout) ? Le peuple rom en est un bon exemple. Il est rare qu’une communauté fasse l’objet d’autant de généralisations et de stigmatisations. Les idées reçues sont si tenaces que « les arbres nous cachent la forêt ». Toutefois, lorsque l’on s’engage pour la justice sociale, il faut remettre en question les préjugés et les stigmatisations. Zoltàn, Arabella, Gyózó und Marika, quatre officiers d’origine rom en Hongrie, nous aident en faisant la lumière sur cette « forêt » bigarrée, passionnante et complexe.

 

Qu’est-ce que vous aimez dans votre culture ? De quoi êtes-vous fiers ?

Z. & A. : La musique est au cœur de notre culture. Nous pouvons dire avec fierté que les Roms excellent dans cet art. Le groupe « 100 Member Gipsy Orchestra » a même remporté le prix « Hungarikum » 2014. Pour nous, la musique est le plus bel aspect de notre culture.

 

G. & M. : Nous accordons une grande importance à la famille, nous respectons et nous nous occupons de nos aînés. Nous avons un fort sentiment d’identité et accordons une grande importance aux émotions. Nous avons une culture riche et bigarrée : nous nous sommes fait connaître partout dans le monde avec nos danses, notre art et notre musique. (Remarque de la rédactrice : vous ne trouvez pas que la bande originale de Sherlock Holmes 2 est géniale ?!)

 

Pourquoi existe-t-il tant de préjugés sur la population rom ?

Z. & A.: C’est une question très complexe. D’un côté, l’extrême pauvreté a contraint de nombreux Roms à un mode de vie malhonnête. Malheureusement, les Roms honnêtes, qui travaillent dur, sont tout aussi stigmatisés. D’un autre côté, il faut bien avouer que la plupart des gens ne nous connaissent tout simplement pas. Ils ne connaissent pas notre culture, notre mode de vie, notre mentalité… ou connaissent seulement ce qu’ils apprennent par les médias. Les gens se sont fait une opinion à partir de quelques mauvaises expériences. De nombreuses personnes ne connaissent aucun Rom personnellement. Par contre, ils ont l’impression de tous nous connaître.

 

G. & M. : A la fin du régime socialiste, la Hongrie a été durement frappée par la pauvreté, et les Roms encore davantage. Beaucoup d’entre eux sont tombés au plus bas sur le plan spirituel, physique et moral. Ils s’en sont retrouvés d’autant plus exclus. D’autres problèmes sont apparus : beaucoup de Roms n’étaient pas scolarisés, la plupart ne trouvaient pas de travail (par manque de formation ou parce qu’ils sont roms); ils avaient des difficultés à s‘intégrer… et nous savons ce qu’entraînent le désespoir et le manque de perspectives d’avenir. Et cette situation se répète de génération en génération.

 

Quelles sont les spécialités que vous prépareriez si j’étais invitée chez vous ?

Nous mangeons des plats typiquement hongrois, mais nous les préparons d’une manière typiquement rom : le « Brassoi », la viande accompagnée de gnocchi avec du fromage de brebis, le chou farci, le ragoût…

 

Qu’est-ce que ça fait d’être rom dans un monde où les gens ont peur de vous ou, du moins, ne semblent pas vous comprendre ?

Z. & A. : il est difficile d’être rom dans tous les sens du terme. Nous passons beaucoup de temps à convaincre les autres que nous ne sommes pas tous comme les autres le croient. Il y a tant de préjugés, et pas seulement contre certaines personnes ou familles : nous sommes tous mis, en tant que peuple, dans le même sac ! Nous devons toujours prouver plus que les autres, en faire plus qu’eux… et souvent, ça ne change rien.  

 

G. & M. : C’est une lutte permanente contre les préjugés, même entre Chrétiens. Les Roms sont toujours relégués au second plan, tant dans la société de manière générale, que sur le marché du travail et dans les églises. Nous sommes sans arrêt victimes d’attaques racistes, qu’elles soient ouvertes ou dissimulées. Certains Roms redoublent d’efforts pour se faire accepter… mais un grand nombre d’entre eux se replient totalement sur eux-mêmes et refusent d’avoir des contacts avec des gens qui ne sont pas issus de leur communauté.

 

Qu’est-ce que ça représente de diriger un Poste fréquenté presque exclusivement par des Roms ?

Z. & A. : Un pur bonheur ! Je pense qu’il n’y a pas de peuple sans problèmes. J’estime que c’est un cadeau de Dieu de pouvoir m’occuper de gens qui me sont proches. On doit connaître et comprendre les Roms si on veut vraiment les aider. Comme nous sommes nous-mêmes roms, nous voyons les problèmes tels qu’ils sont (« sans lunettes qui agrandissent ou réduisent les problèmes »). Ça ne veut pas dire que je prendrai toujours leur parti, mais que je peux vraiment comprendre ce que les Roms pensent ou ressentent. C’est essentiel pour mon travail !La musique, les habits, et l’état d’esprit au sein du Poste sont influencés par notre culture, mais il n’y a pas de grandes différences avec d’autres Postes : au final, nous sommes tous égaux devant Dieu. Il est plus important de lui appartenir que d’appartenir à n’importe quelle culture. Les Roms ont besoin du même sauveur que tous les autres gens, et ce sauveur est Jésus-Christ.

 

G. & M. : Si tu veux travailler avec des Roms, tu dois te montrer plus ouvert et tolérant, sans faire de discriminations. Il est important de connaître le contexte culturel et familial. Les assistants sociaux et la plupart des collaborateurs doivent eux-mêmes être roms pour vraiment les comprendre. Il est extrêmement important d’aborder les questions liées à la morale, l’éthique, et l’hygiène. Nous devons accorder beaucoup d’attention et d‘amour aux jeunes. Ils sont l’avenir du peuple rom.

 

Trop souvent, nous classons les gens par catégorie : requérants d’asile, immigrants, étrangers, etc., et oublions qu’il ne s’agit pas d’une masse uniforme, mais de personnes, d’individus… Apprendre à les connaître, leur donner une chance et adopter une attitude ouverte permet aux uns et aux autres de s’enrichir.

 

 Christine Tursi, mars 2015

 

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